C’est une donnée bien établie aujourd’hui que la part des énergies dites « fossiles » (pétroles, charbons, gaz naturels,) reste au-dessus de 80% du mixe énergétique primaire global planétaire (85% en 1978, 81% actuellement). La biomasse et déchets représentent 10%, le nucléaire, près de 5%, l’hydroélectricité de l’ordre de 2,5 %, et les autres énergies (solaire, éolien, géothermie, hydrolien) 2%. Ces proportions doivent être remises dans un contexte de croissance (plus du double par rapport à il y a 40 ans), même si le rythme de croissance ralentit peu à peu (1,5%/an actuellement).
La consommation des énergies dites « fossiles » produisent des gaz à effet de serre, à l’origine de la majorité du réchauffement climatique actuel. De plus, il s’agit de ressources énergétiques finies, des stocks, dont la fin est inéluctable, même si la date de leur épuisement ne peut pas être définie à 30 ans près. Notons que la croissance globale depuis 40 ans a pour conséquence que la croissance quantitative des ressources énergétiques « non-fossiles », c’est à dire non-carbonées, ne comble pas la décroissance relative des énergies « fossiles » qui continuent à croître quantitativement (surtout les gaz et les charbons) ; de fait, elles s’ajoutent.
Des calculs simples montrent l’immense difficulté technique à remplacer ces ressources énergétiques à base de carbone (4/5 èmes des besoins qui ont plus que doublé en 40 ans), par les ressources non carbonées. Ce remplacement éventuel conduirait à des consommations de ressources minérales énormes associées à une consommation accrue de ressources hydrauliques, dont le coût environnemental risque d’être insupportable. Par ailleurs, la croissance très forte du secteur numérique conduit aussi à des besoins en ressources minérales, énergétiques et hydrauliques accrues.
Il n’y a pas d’autre solution, dans une approche de long terme, c’est-à-dire à plus de 30-50 ans, qu’une décroissance volontariste planétaire de la consommation de ressources énergétiques et minérales. Cette décroissance doit commencer par les pays les plus consommateurs, c’est-à-dire les pays les plus riches, dont la France et l’Europe font parties.
Dans le but de consommer moins de ressources pour une production qualitative équivalente, deux approches sont généralement décrites : la sobriété et l’efficacité. La question est de savoir à quelle vitesse nous pouvons modifier toute l’organisation de nos sociétés pour que cette décroissance en consommation de ressources soit juste, quantitativement efficace, et démocratiquement gérée. Il s’agit d’un bouleversement à la fois des mentalités, des comportements, des organisations, des choix d’investissements, des choix de recherche et des innovations utiles. Les inégalités devront aussi être réduites (les plus riches consomment plus de ressources que les plus pauvres).
Il faudra changer les logiques de priorité dans les choix politiques, qu’ils concernent les investissements, la recherche, l’innovation ou les inégalités ; cela signifie aussi un changement dans les outils d’évaluation des projets. Ce n’est pas nécessairement un choix de décroissance économique, mais cela implique aussi de transformer nos outils de mesure de la croissance/décroissance. Décroître la consommation des sources naturelles signifie ainsi un changement dans la logique des impôts et des répartitions des revenus, du rôle de la monnaie, de sa création et de sa destruction ainsi que du rapport entre travail et revenu, et donc aussi un changement dans les critères de valorisation du travail.
Le chantier est immense et doit être murement réfléchi et en même temps mis en œuvre aussi rapidement que possible, selon une approche qui réfléchit à minima pour les cent ans à venir.
Une telle transformation ne peut être juste que si elle est réalisée selon une approche démocratique impliquant tous les citoyens à toutes les échelles de la société, en considérant aussi les niveaux internationaux (compétitivité, concurrence, coopération, etc.)
Michel Dubois
Animateur: M. Dubois
Quelques lectures proposées :
Éloi Laurent, 2023, Économie pour le XXIe siècle – Manuel des transitions justes. Éd. La Découverte, Paris.
Timothée Parrique, 2022, Ralentir ou périr – L’économie de la décroissance. Éd. Seuil, Paris.
Emmanuel Dockès, 2019, Voyage en Misarchie – Essai pour tout reconstruire. Éd. du Détour, Bordeaux.
Clément Gaillard (dir.), 2023, postface de Philippe Bihouix, Une anthologie pour comprendre les Low-Tech. Éd. T&P Publishing, Paris.
Nous vous invitons à vous rendre sur ce site qui est l’équivalent du GIEC:https://files.ipbes.net/ipbes-web-prod-public-files/2020-02/ipbes_global_assessment_report_summary_for_policymakers_fr.pdf ainsi que celui du Giec mise à disposition sur https://theshiftproject.org/app/uploads/2025/05/Rapport_SYR_AR6_v1.pdf
REJOIGNEZ NOUS POUR ENRICHIR NOS DEBATS ET FORMULER DES PROPOSITIONS pour des changements planifiés.https://craac.org/compte-dadherent/niveaux-dadhesion/